P.O.V Hoong Gi
" Tu disais que le monde entier nous enviait. Que toute les femmes du monde auraient voulu être à ta place. Tes mots hypocrites me faisaient du bien. J'avais l'impression d'être quelqu'un de bien.
Je me souviens des matins sous la couette, de nos fous rires. Je sais qu'on avait tort. Ou plutot, c'est moi qui me trompait. Sur toi.
J'ai aimé chaque parcelle de ta peau. Ironique quand on sait que toi, c'est également mon corps que tu voulais. Mon apparence. Qui je suis. Min Hwan ne cesse de me sourire comme si tout pouvait s'arranger. J'admire ce bout d'homme plus fort que moi.
Il est minuit trente deux quand je me réveille enfin. Enfin parce que le cauchemar qui me hante depuis que je me suis endormi peut cesser. En passant mes doigts fins sur mon torse nu, je constate que l'horreur d'une nuit a rendu ma peau moite. Un soupir franchit mes lèvres, tandis que je repousse la couverture bleu qui recouvre mon corps fin. Dans le couloir vide dort Aigoo, le petite chienne que Min Hwan a absolument tenu à recueillir après sa rupture personnelle. Lorsque je met un pied dehors, elle relève la tête et gambade de ses petites pattes de chiots dans ma direction en jappant. Attendri, je m'accroupi pour déposer un baiser sur son poil soyeux. L'encourageant à se taire, je me dirige vers la salle de bain où je fais couler l'eau le plus silencieusement possible. Pendant que celle-ci se réchauffe légèrement, j'observe mon reflet dans le miroir. Pas très glorieux. Sous les poches violacées de mes yeux traînent quelques stigmates rougeâtres que seul des heures intensives de maquillage pourront dissimuler. Parce que oui, il y a encore des gens qui se soucient de ma mine d'enterrement. J'en pleurerai presque, si j'avais encore des possibilités lacrimaires. Mes lèvres déchirées témoignent de toute l'angoisse et le mal-être de ces derniers mois. Brièvement, je passe une main sur la peau charnue tellement désirée. Qu'ai-je fait pour en arriver là ? Était-je à ce point superficiel et vide pour attirer à moi une tigresse aussi douée ? Le noir de mes yeux me fait peur soudain, cette nuit, enfermé dans une salle de bain modeste, sortant d'un cauchemar devenu habituel mais toujours aussi effrayant. L'envie de me pendre étant trop prévisible, je me glisse avec hâte dans l'eau fraîche. Le désir irrépressible de fondre en larmes me serre de nouveau la gorge. Je ne trouve comme parade que le plongeon inopiné dans le bain, espérant noyer avec mes gouttes salées le désespoir qui m'envahit à chaque seconde qui passe.
Je ressort enfin la tête de l'eau au moment où quelqu'un, ou quelque chose, gratte à la porte. J'hésite une seconde. Pourquoi est-ce toujours dans les moments où justement on veut être seul que quelqu'un trouve intelligent de vous rendre une petite visite ? À moins que ce ne soit qu'un hasard dû au fait que nous sommes cinq pauvres garçons démolis par la même femme vivant dans le même appartement ? Optant pour cette seconde éventualité, je grogne quelque chose d'inaudible, signifiant simplement que j'arrive. Fouillant la pièce des yeux, je repère ce que je voulais, une serviette posée sur un radiateur. Je m'extirpe du bain réconfortant et me frictionne paresseusement tout le corps, avant de passer le tissu autour de ma taille. Ouvrant la porte qui continue de subir un grattement intempestif, je découvre un Jae Jin dont la mine est bien plus effrayante que la mienne. Son visage brouillé de larmes se pose sur mon épaule, me laissant sans voix. Tout ça ne nous fait pas du bien. Je ne peux qu'enrouler mes bras autour de sa taille, attirant à moi le corps malingre de mon ami qui continue de sangloter silencieusement contre ma peau. Aigoo tourne autour de nos pieds, inconsciente que ce câlin-là n'est pas du même genre que ceux qu'on lui donne. Elle ne connaît que la joie et les rires. Passant une main dans les cheveux teintés de mon bassiste préféré, je tente de chuchoter tout et n'importe quoi pour le consoler. Mais comment, puisque je souffre du même mal que lui sans réussir à m'en débarrasser ? Je frémis en sentant les lèvres de Jae' bouger contre ma peau. Son murmure me parvient tellement étouffé que je le repousse légèrement, à contre-coeur, afin de comprendre. Personne ne peut savoir ce que son visage déterminé déclenche en moi. Sans mots, je crois comprendre ce qui nous anime. Ce qui ne devrait pas nous faire à ce point du bien. La haine. Tout simplement. Je croyais être malheureux comme les pierres, incapable de me relever sans un nouvel amour moins dévastateur. J'avais tort. Mon palpitant se remet en marche dans ma poitrine. Notre groupe ne m'aura pas sauvé. Notre amitié si. Et le désir féroce de s'en sortir d'un jeune joueur de basse.
Mon bras sous ses épaules, je l'entraîne avec moi dans notre salon, me sentant plus léger. Presque souriant. Une poussée de bonheur mal placé me voit serrer contre ma poitrine celui qui vient de me rendre l'espoir et déposer un baiser sur sa tempe. Je sens en réponse un corps froid, insensible. Avant, ça m'aurait brisé le coeur. Aujourd'hui, je sais. Parce que je ressens la même chose. Le vide. Le rien. Juste une étincelle qui pourrait remettre le feu à toute mon âme. Et cette étincelle n'est pas propre. Mais mon JJ n'est pas le genre d'homme à prendre une décision à la légère. Je devine maintenant seulement que de nous tous, il a été le plus affecté de cette trahison. Et qu'il a du cogiter toute les nuits depuis l'incident. Mais sa conclusion est la seule que n'importe qui aurait pu prendre. Vengeance. Il quitte mes bras pour s'effondrer dans le fauteuil le plus confortable qui soit à portée de main, tandis que je me dirige brièvement vers ma chambre pour revêtir un t-shirt noir et un jogging de tissu. Lorsque je revient, j'ai la surprise de trouver, sur les genoux d'un Jae Jin semblable à une statue, un Min Hwan dont le regard vague laisse présager que lui aussi envisage la solution magique de notre bassiste adoré. Un peu de l'ancien Hoong Ki revient me hanter. Ce que nous voulons est mal, je l'ai déjà dit. Mais ce n'est pas à nous de nous faire justice.. Surtout qu'aux yeux de la loi, tout ce qu'elle a fait était parfaitement légal. Et invisible. Je ne sais pas trop quoi penser. Debout les bras ballants dans le salon plongé dans le noir, je me torture les méninges, réalisant que je suis peut-être moins affecté que Jae Jin et Min Hwan qui eux semblent avoir perdu leur humanité. Quitte à se rendre hors la loi, ils veulent rétablir leur droit. Effacer ce sourire moqueur qui revient toute les nuits nous narguer. Désirant fuir ces mauvaises pensées, je me précipite dans la cuisine où je prépare un petit-déjeuner improvisé. Sachant qu'aucun de nous trois ne se couchera désormais. L'idée est trop présente dans nos tête. Peut-être est-ce le bruit de la machine à café ? À moins que Aigoo n'ai grattée à sa porte ? Toujours est-il que Joong Hoon nous rejoint, traînant des pieds dans son jogging trop long pour lui. Il nous regarde à travers sa masse de cheveux couvrant ses yeux voilés, semblant sourire de voir une scène survenue du passé. Enfournant un croissant dans sa bouche, il balaie la pièce du regard avant de soupirer et de lui aussi se laisser tomber sur le canapé. J'avoue avoir envie de revenir loin en arrière, de poser ma tête sur ses genoux et de l'entendre rire. J'aime son rire. Aussi simple que ça. Et je hais ce faux sourire qu'il tente désespérément d'afficher pour nous rassurer. Mon regard retombe sur celui qui sera par la suite à l'origine de notre déchéance et notre résurrection. Celui-ci se contente de masser inlassablement la tempe de notre bébé, le regard dans le vague. Un haussement d'épaule m'échappe. Je passe mon doigt sur ma lèvre inférieure, sentant sous ma peau sensible les crevasses et les fissures provoquées par mes dents. Nerveux hein ?
Au final, les minutes s'écoulent sans que nous les voyons passer. Une bande d'adolescent un peu trop grand mangeant des cochonneries à une heure du matin. Je crois que ça me fait du bien. Jusqu'à ce que Jae Jin relève des yeux de la moquette pour les planter dans les miens. Il n'en démord pas, tout le long du largage de sa petite bombe. Et j'ai la sensation d'être celui qu'il considère comme son plus solide allié. Alors que j'en suis au même niveau que les deux autres. J'envisage. J'observe. Et, au final, j'approuve. Parce que les mots de mon bassiste me font mal. Mais plus ce mal qui noie. Un mal qui brûle. Qui me donne envie de me battre.
- Je veux... Retrouver mon intégrité. La traîner dans la boue. La violer comme elle l'a fait avec moi. Je veux
lui faire payer de nous avoir séparés. Je veux me venger.
Jong Hoon reste bouche bée. Longtemps. Derrière sa tignasse bout l'indignation. Il est plus solide que moi alors. Puisque j'ai déjà dit amen à notre crime. Notre leader se redresse et court en sens inverse, sans explication. Trois pairs d'yeux le suivent avec surprise. Mais notre ami n'a pas fui face à notre envie de folie. Il veut juste... faire les choses dans les règles. On ne le comprend que lorsque il revient, après une longue série de chuchotements et de pas étouffés, en tenant fermement la main de Seung Hyun. Celui-ci se tourne vers nous, nous dévisage longuement. Il finit par planter ses yeux sombres dans ceux de notre chef de bulbe.
- J'en suis. À nous de jouer.
Et voilà comment notre petit jeu commence. Aigoo aboie, inconsciente que les sourires qui se lisent sur nos visages ne sont pas de joie, mais d'un grain de folie. Elle est heureuse d'avoir cinq maîtres qui l'aiment. Nous sommes heureux d'être cinq amis prêt à nous remettre sur les rails."


